
Préparatifs pour une compétition
Sorties en mer sur le "Pluteus"
Thèse de troisième cycle
Carte des biocénoses dans l'étang de Berre en 1964
Premier labo au rez-de-chaussée de la Villa Saitour
Un coin du parc de la faculté des sciences en 1965
Rémy, Isabelle et Maman
Un florilège de quelques protozoaires
La station marine de Villefranche sur mer
Le Professeur J-M. Pérès lors de son discours inaugural à l'Académie des Sciences
Vue d'un acanthaire avec un objectif Yamin-Lebedev
Schewiakoff w. 1926. Die Acantharien des Golfes
von Neapel. In : Fauna und Flora des Golfes von Neapel,
Friedländer & Sohn , Berlin.
Les ramparts de Provins
Le port d'Alger, lieu des entraînements d'aviron
Compétition de "quatres barrés" . (Photo. J. Gandini)
Préparation du 2ème Salon des Arsenaux historiques de Méditerannée à Malte
Marseille, son port et sa "Bonne-Mère"
Salon des Arsenaux historiques
Salon des arsenaux dans le stand de Villefranche
Vue d'ensemble sur le stand de Villefranche à Malte en 2004
Discussion scientifique avec Jean Grain
Séquence à 600 i/s de la contraction d'Actinocoryne avec la caméra vidéo conçue au laboratoire par F. Boufault
Article paru dans "La Marseillaise "deux plongeurs portés disparus, sont récupérés sains et saufs"
Les Acanthaires sont de fragiles organismes marins planctoniques
Actinocoryne contractilis
Louis ne restera que cinq ans en poste à Sidi Aïch et la famille ira vivre à Alger. Il avait été très marqué par cette enfance en petite Kabylie, où les conditions de vie étaient rudes.
Dès l'enfance, Louis l’amène à se passionner pour les sciences et la technique. Pendant des heures, il regarde travailler son grand-père, horloger, aide son père aux travaux de réfection de l'appartement et apprend au jour le jour tous ces savoir-faire qui lui serviront plus tard.
A six ans, Jean va à l'Ecole communale de la rue Daguerre, comme son père et son grand-père. Il est un très bon élève et se lie facilement d'amitié avec des copains de classe qu'il retrouvera plus tard à Marseille et à Nice. Il fait ensuite de brillantes études secondaires au Lycée Gautier avant de poursuivre à l'Université d'Alger.
Il présente le concours de l'IPES en Juin et est admis quatrième de sa promotion. L'avenir est donc assuré et le voilà à 19 ans doté d'un salaire royal pour l'époque, 800 Francs.
Première, Math-Elem, SPCN et le début de la Licence à la faculté d'Alger, ce sont aussi les années des premiers disques, des concerts à l'Opéra et des compétitions d'aviron. Malgré des programmes chargés, Jean, poussé par son père, entre dans le meilleur Club d'Aviron d'Alger. Les entraînements lui laissent des traces inoubliables et quelques jours avant sa disparition, Jean, évoquait encore le bruit des rames qui frappent l'eau en cadence, le train d'enfer du bateau sous la poussée des " pelles ", les odeurs de bois, d'épices et de vin mêlées aux vapeurs d'embruns, les injonctions du petit barreur qui avait une bonne voix et surtout qui avait, comme lui, et comme son équipe, la rage de vaincre… "Ah vraiment ! C'était formidable !"...
En 1962, en raison des événements qui secouent le pays, Jean doit revenir en France pour terminer sa licence de biologie à Marseille. Il profite de l'avantage d'avoir passé les six certificats de licence en deux ans, pour se perfectionner en zoologie et en biologie marine. Dans ce contexte, il suit à cette occasion le stage d'agrégation à Roscoff où il se forme à la zoologie de terrain.
Les stages sont une formidable école et rien ne peut égaler l'observation d'organismes vivants dans leur milieu naturel et la détermination d'échantillons qu'on a soi-même collectés. Il y avait aussi ces sorties en mer sur le "Pluteus", le crachin, la houle longue de l'océan, les dragages qui ramenaient sur le pont Echinus melo, cet oursin d'une quinzaine de centimètres de diamètre et ces grandes étoiles de mer qui font des ravages dans les bancs de coquilles Saint-Jacques.
Mais cinq semaines de stage soumis à un intense bachotage semble ne pas avoir laissé que des bons souvenirs et Jean préférait de beaucoup aiguiser son esprit inventif et son goût pour la recherche plutôt que s'adonner à cet exercice de mémorisation forcenée.
Durant l'année 1962-1963, il est nommé Assistant Délégué à la Faculté des Sciences de Marseille St-Charles. Il aura la charge avec un collègue d'organiser et d'encadrer les travaux pratiques de Propédeutique pour 400 étudiants. Parallèlement, il entreprend un Diplôme sur les oursins de l'Etang de Berre, mais après quelques mois d'exploration des fonds en plongée, il constate qu'en raison de l'hiver très rigoureux, il ne reste pas trace d'oursins dans l'étang. Il propose donc d'élargir le sujet à la faune benthiques dans son ensemble et à la répartition des populations d'invertébrés de l'étang.
il se spécialise ensuite en océanographie biologique à la Station Marine d'Endoûme alors dirigée par le Professeur Jean-Marie Pérès.
Les laboratoires étaient situés dans un beau bâtiment construit en 1883 par A.F Marion. Les travaux pratiques se faisaient en grande partie en mer à bord de l'"Antédon", petit chalutier transformé en bateau océanographique.
En Juin 1964, ayant passé avec succès ses certificats de spécialité, Biologie marine et Océanographie biologique, Jean entreprend une campagne intensive de prélèvements à la mer qui seront la base de sa thèse de troisième cycle.
L'intérêt de ce travail était de faire le point sur les conditions environnementales locales et sur les peuplements de substrats meubles avant la réalisation du plan d'aménagement de la basse Durance. Vaste étendue d'eaux saumâtres d'une superficie de 15 000 hectares, cet étang était jusqu'en 1965, à forte dominance marine. Le détournement des eaux vers l'usine hydroélectrique de Saint-Chamas se révèlera catastrophique pour la faune, transformant progressivement l'étang en une lagune d'eaux douces.
Les prélèvements par dragages profonds se faisaient à partir de l'Antédon, chalutier de 17 m, tandis que la "Sainte-Marie, un "pointu" sans treuil (ce qui nécessitait de remonter la drague à la force des bras), servait aux prélèvements côtiers. Une partie importante des observations se faisait également en plongée, en été dans une eau à plus de 30 °C au milieu d'énormes méduses, en hiver dans une eau à 4°C.
Dans cette région, le mistral se lève très
vite et dans la demi-heure qui suit, l’étang est agité
d’un fort « clapot », vagues courtes et serrées qui
empêchent de suivre les bulles des plongeurs. Se retrouver isolé
pendant plusieurs heures au milieu de l’étang sans pouvoir être
repéré est une expérience fâcheuse qui mérite
bien des article dans les journaux ! Merci à Christian Emig pour avoir
retrouvé cet article.
L'exploitation des données de cette thèse avait été
menée pour partie à Marseille, pour partie à l'Université
de Nice où Jean est nommé Assistant stagiaire en octobre 1964.
Jean et Colette se marient à Grasse en 1964. A l'été 1965, Ils ont un fils Rémy.
En avril 1966, juste avant son départ sous les drapeaux, Jean soutient à Marseille sa thèse de troisième cycle intitulée "Etude bionomique des substrats meubles de l'Etang de Berre" avec la mention très honorable.
L'arrivée à Nice dans des locaux vides, fraîchement terminés, n'a pas été chose facile.
Ce qui deviendra le Campus Valrose avec son parc magnifique et ses pelouses bien entretenues était alors un domaine poétique, plein de charme, avec ses statues, ses nymphes de bronze oxydées par le temps, et ses faux rochers.
Il a fallu prévoir les achats de matériels indispensables à l'enseignement pratique, créer une collection de zoologie, réaliser les documents pédagogiques, tout en corrigeant les copies chaque semaine. Un très lourd travail assuré avec l'enthousiasme de la jeunesse !
De retour du Service Militaire en janvier 1968, Jean reprend ses activités d'enseignant-chercheur mais décide de changer de voie de recherche en optant pour la protistologie dans le laboratoire de Jean Cachon nouvellement nommé professeur à Nice. Il assure avec ses deux collègues Michèle et Colette les enseignements pratiques de biologie cellulaire en propédeutique et de zoologie au certificat du même nom.
En 1971 naît une fille, Isabelle.
Durant quelques années, la reconversion des Febvre vers la protistologie marine se fera à la Faculté de Nice et sera entrecoupée de courts séjours à la Station zoologique de Villefranche pour y collecter et traiter les échantillons.
Mais les aléas et l’inconfort de ce « nomadisme » scientifique conduisirent Jean Cachon à proposer de louer un espace à proximité de la Station afin d’y aménager un petit laboratoire. Le sous-sol d’une petite villa dominant le port de la Darse sera leur « résidence scientifique » durant 15 ans. Visitant ce laboratoire de fortune, entièrement construit des mains de Jean, Jean Théodoridès dit « Théo » s’étonnait et évoquait le laboratoire des anciens qui travaillaient chez l’habitant, comme le fit Johannes Müller en 1854 lorsqu’il vint à Nice étudier les acanthaires…
D’océanographe, Jean est devenu cytologiste, décrivant la microanatomie des Acanthaires, organismes planctoniques fragiles, voisins des radiolaires et dotés de structures complexes. Très rapidement, il s’intéressera plutôt au fonctionnement de ces êtres microscopiques, à leur association avec des algues symbiotiques, à leur mode de division cellulaire et de reproduction. Le comportement moteur des myonèmes, sortes de bandelettes contractiles fera surtout l’objet de son travail. Nommées en 1926 « Myofrisken » par son prédécesseur Schewiakoff ces organelles se révèleront bien différentes de muscles. C’est pour Jean l’occasion de présenter ses résultats et de discuter avec des collègues dans les congrès de protozoologie et de biologie cellulaire, aussi bien en France qu’à l’étranger.
Jean s’intéressera aussi aux héliozoaires travaillés par Colette, et en particulier, il sera l’initiateur d’une collaboration avec le Service du Film de Recherches Scientifiques de Paris (SFRS). Deux films sortiront de cette collaboration, l’un sur les acanthaires, l’autre sur un héliozoaire pédonculé éminemment excitable et contractile, Actinocoryne contractilis.
Les prises de vues en image par image de mouvements lents, tels que la transformation progressive qui préside à la gamétogenèse des acanthaires ou l’enregistrement en très grande vitesse des contractions rapides des myonèmes, seront le point de départ de nouveaux questionnements sur le fonctionnement de ces cellules-organismes.
En 1986, Jean soutient brillamment sa Thèse d’Etat et reçoit les félicitations du jury, composé à la fois de protozoologistes et de biologistes cellulaires et moléculaires. Le grand regret de Jean est de n’avoir pas pu développer une culture de ces organismes planctoniques, ce qui lui aurait permis d’accéder à d’autres techniques plus élaborées d’analyse du myonème et de son mouvement. Un séjour de deux mois au Japon, dans le laboratoire du Professeur Sato permirent de confirmer à l'aide la microscopie polarisante une hypothèse de fonctionnement du myonème formulée par Jean, à partir des techniques cinématographiques et cytologiques.
Il fait un séjour au MBL à Woods Hole (USA) dans le Laboratoire du Pr S. Inoué où Actinocoryne est filmé avec une caméra Hitashi capable d'enregistrer à une cadence d'un million d'images par seconde. Il décide ensuite de développer une caméra vidéo à grande vitesse dont le prototype construit au laboratoire, permettra de réaliser avec l’INRA des enregistrements de contractions rapides chez Actinocoryne et les mouvements des ailes au cours du vol de coccinelles mutantes. Cette caméra a été conçue en collaboration avec un laboratoire de physique dirigé par Michel Paindavoine à l’Université de Bourgogne de Dijon et un étudiant en thèse, François Bouffault,
Jean était un être curieux de comprendre et de transmettre la connaissance, un passionné de recherche qui a fait partager cet enthousiasme à tous ses étudiants, aussi bien ceux qui l’ont eu comme enseignant à la Faculté, que ceux qui ont préparé leur DEA ou leur thèse dans son laboratoire. Il était à la fois humain et exigeant, n’hésitant jamais à donner de son temps pour expliquer, aider, analyser les résultats, écouter…
Ces qualités, il les a également mises au service
de la divulgation scientifique en direction des jeunes, réalisant cassettes
vidéo et DVD pour mieux illustrer son propos. C'était un expert
en imagerie microscopique et les protozoaires lui ont fourni l'opportunité
de réaliser de magnifiques images et de films de micro-organismes
planctoniques et benthiques. Ainsi, il a participé plusieurs années
de suite aux journées d’information sur les métiers dans
les Lycées, animé à plusieurs reprises le stand de l’Association
pour la Sauvegarde du Patrimoine Maritime de Villefranche (ASPMV) lors des
Assises Jeunes sur le Port de Nice, co-organisé les journées
Portes ouvertes à l’Observatoire Océanologique, encadré
les visites des laboratoires pour les scolaires, donné des conférences
pour le grand public.
Il mit enfin à profit sa connaissance des protozoaires planctoniques
marins en participant ponctuellement à l’acquisition d’images
pour un DVD intitulé
« Exploring the Cell », réalisé par Véronique
KLEINER et Christian SARDET.
Jean s’engagea avec le même enthousiasme dans des actions patrimoniales aux côtés de Dominique Tailliez et de l’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine maritime de Villefranche (ASPMV) dont fut élu secrétaire.. Ayant répondu avec succès à un appel d’offre européen (Programme Euromed II de la Méditerranée sous l’égide de l’Unesco), cette association fut chargée d’organiser le premier Salon du « Réseau des Arsenaux Historiques de Méditerranée ». Cette manifestation, intitulée « La Navigation du Savoir », eut lieu à la Citadelle de Villefranche du 26 au 30 mars 2003.
Jean se chargea de l’organisation artistique et technique du projet. En tant que secrétaire, il assura la coordination entre l’ASPMV, organisatrice de l’événement, la Mairie de Villefranche-sur-mer qui accueillait accueillait la manifestation dans ses espaces, les partenaires institutionnels (Alger, Barcelone, Chypre, Malte, Pise et Tunis), ainsi que des arsenaux invités (Marseille, Palerme, Venise), la ville de Turin, ex-capitale des Ducs de Savoie, et l’UNESCO.
L’un des objectifs du programme étant la réalisation d’un portail internet, Jean et Colette s’impliquèrent avec enthousiasme dans la construction du site (http://www.darse.org) et la rédaction de la partie concernant le plancton marin. La plupart des illustrations sont des vues et des séquences enregistrées au microscope par Jean. Pour rendre le document pédagogique et interactif, il avait étroitement collaboré avec Noé SARDET, l’infographe chargé de la réalisation du site.
En 2004, l’ASPMV fut présente à Malte pour la deuxième édition de la « Navigation du savoir ». A nouveau Jean conçut le stand et le construisit avec l’aide des bénévoles de l’association. Il fut le chauffeur de l’expédition entre Villefranche et Gènes où se fit l’embarquement pour l’île. La réussite de cette entreprise fut complète et le stand de Villefranche servit de cadre à l’inauguration de ce deuxième salon des arsenaux historiques de Méditerranée.
Le 25 mai 2005, alors qu’il accompagnait un groupe de jeunes pour une visite guidée de l’arsenal des ducs de Savoie et de l’Observatoire Océanographique, il eut, coup sur coup, deux syncopes et dut interrompre toutes ses activités. Entré d’urgence à l’Hôpital Princesse Grace de Monaco, il partit ensuite à l’Institut Paoli Calmette à Marseille où fut détectée une leucémie myéloblastique aiguë. Les quatre chimiothérapies subies au cours de l’été 2005 entraînèrent une atteinte irréversible et presque complète du système nerveux périphérique qui le rendirent totalement grabataire. Jean, qui avait conservé toutes ses facultés intellectuelles, mena ce combat, avec une patience, une détermination et un courage qui ont fait l’admiration du corps médical, de ses amis et de son entourage.
Jean est décédé à l’Hôpital de Monaco, le 23 avril 2006 à 10 heures entouré de ses proches, Simone sa mère, Colette, ses enfants et de quelques collègues et amis intimes.
Colette tient à remercier chaleureusement les membres de l'équipe BioDev (UMR 7009 du CNRS) qui a su, tout au long de la maladie de Jean et jusqu’au dernier jour, lui apporter son soutien et son affection. Merci tout particulièrement à Mohamed Khamla pour sa pertinence, son écoute et sa patience lors de la création de cette page à la mémoire de Jean, Jacky Cosson, pour les séquences d’images prises sur le vif dans la salle des filets en divers occasions, Christian Sardet pour avoir d’emblée proposé d’insérer une page web sur le site de son groupe de recherche.
